pourquoi avoir créé un collectif qui à pour but d'informer les décideurs qu'ils doivent compter avec nous? parce que nous ne sommes pas d'accord avec certains agissements, dont voici un exemple
Sujet: Sénateur ça vous dirait ???
Je faisais partie hier de la délégation de militants anti-OGM qui est allée
moléculaire à l'Université Paris-sud
au Sénat écouter les « débats » sur le projet de loi.
Je crois que je n'aurais pas dû. Alors que j'avais passé une bonne journée
militante qui, comme à chaque fois, regonfle les batteries et redonne plein
d'espoir, à commencer par un débat à 10H30 le matin sur i-télé aux côtés de
Noël Mamaère et face aux VRP de la transgenèse généralisée que sont
Houdebine et Ledéaut, je suis rentré chez moi complètement abattu, désabusé,
avec un étrange mélange de sentiment de révolte et d'envie de pleurer.
Aujourd'hui, je ne suis toujours pas remis et je n'ai que le clavier de mon
ordinateur comme remède car j'éprouve un immense besoin de faire partager le
triste spectacle auquel j'ai assisté hier dans l'Hémicycle de la rue de
Vaugirard.
Premier coup derrière les oreilles : le nombre de sièges vides. Sur 331
sénateurs, seulement 49 étaient présents en ouverture de séance, et il n'en
restait plus que 35 après une demi-heure !
Je me dis alors qu'il doit au moins y avoir tous ceux qui sont (ou qui
prétendent être) concernés par le sujet, et notamment qui sont censés
défendre nos positions. On a bien cherché (c'était facile, ils n'étaient pas
nombreux) : pas de Dominique Voynet, qui était pourtant venue le matin même
faire de belles déclarations lors de la conférence de Presse ! Aucune
présence non plus de Jean-Luc Mélenchon, proche de José Bové depuis la
campagne contre le TCE, et pour lequel il est sans doute moins payant de
venir faire son boulot au Sénat que se pavaner debout sur un banc du
trottoir du boulevard Arago pour être certain de bien être remarqué pendant
le passage de la manif anti-CPE de samedi dernier. Je l'ai d'autant plus
amère qu'aux dernières sénatoriales (2004), j'ai fait partie, avec mon ami
Raymond Leduc de la Confédération Paysanne, du comité de soutien de Jean-Luc
Mélenchon (candidat en Essonne avec Bernard Véra et Claire-Lise Campion)...
Au delà de cet absentéisme pitoyable, reste le déroulement des « débats » :
a pleurer (ou hurler mais on ne pouvait pas) ! Un brouhaha incroyable !
Personne ou presque n'écoute l'intervenant qui fait (ou plutôt qui lit) son
discours. Chacun parle dans son coin avec ses voisins ou y va de ses petites
activités personnelles. J'ai dix fois moins de bruit dans un amphithéâtre de
200 étudiants d'une moyenne d'âge de 20 ans, et sans que j'ai besoin d'
exercer la moindre autorité. L'intervenant pourrait s'adresser à la porte de
ses chiottes, ça ferait le même effet.
Du balcon où nous étions situés, nous avions une vue plongeante sur les
pupitres des sénateurs du groupe UMP. Pas un seul n'avait le projet de loi
sous les yeux ! Raffarin et ses potes ont passé leur temps de présence
(environ 30 minutes) à causer entre eux et se marrer, certains tournant
carrément le dos à l'intervenant. D'autres remplissaient des dossiers,
regardaient leur agenda. Deux sénatrices au fond de l'hémicycle (et donc
juste en dessous de nous), après avoir regardé ensemble un album photo, s'
échangeaient leur permis de conduire, leur pièce d'identité, sans doute pour
mieux constater sur leur face de rat les dégâts provoqués au cours du temps
par les crèmes à l'ADN végétal de chez Dior. Un autre montrait à son voisin
des photos d'une maison imprimées en couleur sur du papier A4, probablement
la résidence secondaire qu'il vient de s'acheter avec les 120 000 euros
annuels qu'il perçoit pour venir se gratter les couilles au Sénat, une autre
encore réorganisait ses papiers et ses billets de 20 euros dans son
portefeuille... Et le plus drôle (enfin, façon de parler), c'est qu'à la fin
d'une intervention, et uniquement s'il s'agissait bien sûr d'un intervenant
de leur groupe, ils applausissaient comme des automates.
En ce qui concerne les interventions elle-mêmes, les âneries de ceux qui
défendaient le texte étaient à la hauteur de leur méconnaissance du dossier.
Quand à ceux qui étaient censées intervenir dans notres sens, il est clair
que je ne les choisirais pas comme avocats, à moins que je ne souhaite être
assuré de faire de la prison à vie : mous du genoux sur le fond, monocordes
et sans aucune conviction sur la forme. Eux non plus n'avaient probablement
pas lu le projet de loi, ...à moins qu'ils n'aient tout simplement pas
vraiment envie de s'y opposer.
Bref, à pleurer vous dis-je ...
Peut-être suis-je trop naïf, ou peut-être ai-je tendance à prendre les
choses trop à coeur ? Je ne sais pas. Toujours est-il que n'y tenant plus,
au bout d'une heure j'ai décidé de partir, l'âme en peine, avec le profond
sentiment d'avoir été brusquement téléporté plus de deux siècles en arrière,
et de savoir de moins en moins ce que signifie « démocratie ».
Christian Vélot